L'arrogance du temps
Je crois que lorsqu’on
perd quelqu’un consciemment,
on a peut-être un peu moins mal.
Par là, je veux dire
qu’il arrive que la vie
fasse les choses naturellement.
On se perd dans le vouloir.
On s’éloigne
sans même s’en rendre compte,
jusqu’à ce qu’il ne reste plus
entre nous
que le silence.
Parfois aussi,
on se quitte par choix,
conscients que c’était
la chose à faire.
Une pilule difficile à avaler,
même lorsqu’on sait qu’elle est nécessaire.
Mais il existe
des séparations
que le cœur refuse.
Celles auxquelles on résiste.
Celles qu’on repousse
parce qu’on voudrait
juste un peu plus de temps.
Parce qu’on n’a pas fini
d’écrire cette histoire,
même lorsqu’on réalise
qu’on est désormais
seul à tenir la plume.
Je vous parle
de ces séparations
qu’on n’avait jamais envisagées.
Du deuil
de ce qui aurait pu être,
plutôt que de ce
qui a réellement été.
De tous ces lendemains
qu’on avait déjà vécus
dans notre tête
et qu’il faut soudain
apprendre à ne plus attendre.
Parce que quelqu’un
nous demande
de nous arrêter là.
Je vous parle
de ces au revoir
où la main
ne sait même pas
ce qu’elle fait
lorsqu’elle fait signe de partir.
De cette larme
qui s’échappe d’un œil
pendant que l’autre
retient une fierté
qui ne nous ressemble même pas.
De ce câlin
qu’on se donne
de l’intérieur,
si fort
qu’on peine
presque à respirer.
Et de cette peur
qui traverse tout le corps
lorsqu’une seule question
finit par rester :
comment est-ce qu’on survit
à quelque chose
qu’on ne voulait même pas perdre ?
Et puis,
il y a le temps.
Il nous regarde
et nous demande
simplement de le laisser faire.
Le temps a cette arrogance
de croire
qu’il peut toujours
tout soigner.
Peut-être qu’il a raison.
Mais ce qu’il oublie,
c’est que certaines blessures
ne lui demandent pas de les guérir.
Elles lui demandent
de leur apprendre
à vivre
avec ce qui ne reviendra pas.
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